neigeHier, lundi, quelle ne fut pas ma surprise lorsque je regardais par la fenêtre de constater que la neige tombait déjà recouvrant la nature d'un beau et merveilleux tapis blanc.
Vous allez me dire que j'ai l'âme d'un poète. Oui peut-être. La neige a cet effet sur moi. Je la trouve magique et enchanteresse.
Mais, j'ignore pourquoi, alors que je regardais de ma grande fenêtre du salon les gouttes de glaces tombées, un souvenir me revint à la mémoire, me laissant plus que nostalgique, pour ne pas dire triste. Ce souvenir aurait d'ailleurs dû ou pu être un très bon souvenir, puisqu'il me projetait dans le passé à l'age de mes dix-huit ans.

J'ignore pourquoi, ce passé est ressurgi à ce moment là. Mais pourtant, je me souvenais et je me revoyais à cet age-là. C'est si loin maintenant.
Oui, je me souviens de mes dix-huit ans et de ce matin d'hiver. Un matin de décembre. J'étais chez moi avec deux de mes amis et mon frère. Les cahiers étaient ouvert et posés sur la table, car nous révisions ensemble pour l'examen que nous devions passé au printemps. Après, la vraie vie commencerait pour nous.
Nous étions encore plein d'insouciances, plein de naïvetés et d'espoir dans le futur qui nous avions hâtes à découvrir et à cueillir. Mes deux amis avaient déjà des projets. L'un travaillerait avec son père. L'autre s'engagerait dans l'armée. Moi, je me destinais à l'école de gendarmerie. Mais pour dire la vérité, je ne savais plus trop bien, déjà, si c'était ma voix. Et le présent d'aujourd'hui m'a confirmé que non. Mais c'est une autre histoire et je n'ai pas ou plus de regrets. Pour dire la vérité, j'avançais et je voyais l'avenir avec incertitude. Que pensaient mes amis et mon frère de tout cela? Je l'ignore encore. Je n'ai jamais osé leur poser la question, alors. Et de plus, ils me voyaient comme quelqu'un qui était sûr de son chemin. Quelqu'un qui ne doute jamais. Quelqu'un que rien ne peut toucher ou abattre. Terrible illusions qu'on se faisait de moi ou plutôt qu'on aimait se complaire en me voyant comme cela. En fait, je ne savais rien de la vie et n'étais pas plus malin qu'un autre. J'ignorais tout et j'appréhendais cet avenir incertain. Je n'avais pas seulement peur, si je peux employé ce mot pas tout à fait juste, quoi que..., j'étais animé aussi par la curiosité et l'envie que tout arrive au plus vite. L'aventure m'attendait et cela m'excitait, tel un explorateur qui allait découvrir un nouveau continent.

Le paquet ouvert de biscuit finger catburry posé sur la table afin de nourrir nos neurones ne se faisait pas prier et commençait sérieusement à se vider et à mon tour, je plongeais moi aussi ma main dedans afin d'en prendre deux dont je ne fis qu'une bouché, tel l'ogre que j'étais. Sachez qu'un paquet de finger n'avait que très peu de chance de survivre à plus d'une heure de « vie » entre les mains de quatre garçons adolescents et donc en pleine croissance. D'ailleurs, j'avais la chance d'avoir une mère qui savait que quatre ogres auraient besoin de réserve de calories et en fin d'après-midi, nous pourrions dévorés de nouveau au goûter de 18 heures, car c'est à ce moment-là que je rentrais des cours, les pauvres petits finger qui m'avaient échappés le matin. Mes amis, mon frère et moi avons été de terrible cannibales de finger à cette époque-là. Et monsieur Catburry avait mis nos têtes à prix avec une grande récompense.

Revenons à ce jour-là, particulier, puisqu'il a marqué ma mémoire, j'étais donc à le fenêtre qui menait à un balcon. Elle était un peu plus grande que celle que j'ai dans mon appartement aujourd'hui. C'est étrange parfois, les similitudes de la vie...
Je me rappelle de ce jour-là comme si c'était aujourd'hui. Il faisait chaud dans tout l'appartement parce que ma mère était très frileuse et aimait la chaleur à l'extrême au point où mes amis, mon frère et moi pouvions retirer nos pulls et cela en plein hiver. C'était l'époque bénie où nous gaspillions l'énergie. Aujourd'hui, il fait bien plus frais dans mon petit appartement et j'avoue que je ne retirais plus mon pull et je ne râlerais plus d'avoir trop chaud.
Mes amis révisaient ou plutôt faisaient semblant puisqu'ils discutaient et riaient avec mon frère et se balançaient des vannes à propos de tout et de rien. ils parlaient des filles de la classe, sujet qui revenaient souvent depuis que nous avions du poil au mentons, celles-ci toutes devenues bien jolies depuis nos trois années d'études. Laquelle étaient donc celle qui étaient une déesse au lit ? Quelle était la plus belle ? Avec laquelle aimerait-on passer la nuit ? Pourquoi la nuit? Question d'une stupidité rare, s'il en est. Ce genre de conversations dont vous déplorez les propos, petites dames et demoiselles et pourtant, je sais moi, qu'entre-vous c'était la même conversation que vous aviez aussi en ces temps-là.
Les rires se faisaient encore entendre dans la maison et ma mère nous criait parfois « pas si fort ! Vous embêtez les voisin ! ». Comme ils s'en foutaient nos voisins. Enfin, peut-être pas finalement...
Ma petite chienne était encore vivante et déjà malade. Mais je ne voyais pas que c'était grave. Elle était couché sur le divan et regardait parfois ce que je faisais. Elle aimait me regarder et me surveiller. Moi aussi, j'aimais regarder ce qu'elle faisait et et la voir lever sa petite tête. Parfois je lui souriais et je sais qu'elle comprenait et l'instant d'après j'allais m'asseoir à côté d'elle pour la chatouiller et jouer avec elle et puis enfin l'embrasser. Oui, je sais, c'est con, mais c'était comme ça. Depuis quelque mois déjà, ma chienne soupçonnait ce que ma mère ignorait. Elle avait sentie une odeur inconnue. L'odeur d'une autre femelle qui n'était pas une chienne (enfin ça se discute). Cette odeur était celle de ma petite amie d'alors. Son parfum et son odeur était imprégné sur mes vêtement mais aussi sur ma peau. Parce que nous avons tous notre odeur et j'aimais sentir celle de ma chérie sur moi et même sur mes affaires. Par exemple, un crayon qu'elle m'avait donner ou cette photo que je cachais sur moi et que je vénérais comme celui d'une déesse. Je connaissais par coeur le parfum et l'odeur de ma chérie. Je suis un peu chien moi-même, je vous en ai déjà parlé.
Mais passons ce détail, qui pourtant était important à l'époque.
Voilà l'ambiance de ce jour-là.
Mais qu'avait-il de particulier ?
Je m'étais levé de la table du salon qui nous servait pour quelques heures de salle d'étude. Puis j'étais allé à cette grande fenêtre, celle dont je vous parle plus haut. La neige recouvrait le sol d'un épais blanc manteau et ne cessait de tombée. Les cheminées fumaient des panaches blancs. Ce n'était pas le cas sur tous les toits, mais je me souviens de ce toit-là en particulier qui se trouvait à quelques mètres de chez moi dans une rue que j'apercevais de la fenêtre du salon à celle de ma chambre. Je me souviens que dans cette maison-là vivaient une jeune femme et parfois, le soir venu, je voyais et regardais, pour ne pas dire matait, la fenêtre de sa salle de bain. Parce que cette femme ignorait qu'on voyait sa silhouette lorsqu'elle allumait la lumière jaune et j'ai bien des fois attendu que la nuit tombe pour la regarder ou plutôt la contempler pendant une heure ou deux. Je ne devais pas être le seul à le faire dans le quartier et la belle dame, car elle devait être belle à n'en pas douter, ignorait (peut-être) qu'elle était l'attraction des mâles du voisinage. Non, je n'étais pas le seul petit pervers à espionner cette charmante voisine, cette nymphe de la nuit. D'autres l'ont fait comme moi et je doute qu'ils osent aujourd'hui le reconnaître. Mon frère assistait lui aussi à ce charmant spectacle de jeu d'ombres. Je l'ai mis dans la confidence parce qu'il fallait bien qu'il fasse son éducation et parce que je suis partageur. Sourire.
Mais revenons à ce jour de neige. Tout était blanc et s'était magnifique et magique. Nous devions aller en cour mais nous n'y étions pas parce que tout était bloqué ce matin-là et que les chemins étaient impraticables. Bon, d'accord, il faut bien se trouver des excuses...
Je regardais donc l'horizon uniformément blanc qui m'appelait, m'hypnotisait et m'envoûtait et je me demande pourquoi, mais j'étais triste. Oui triste.
Pourtant, j'avais une chérie. Des amis. Une famille.
Mais demain ? Qu'en serait-il ? Pourquoi est-ce que je pensais à ça ?
Je savais que tout allait changer et que c'était bien dans la forme des choses. Toutefois, je ne partageais pas l'enthousiasme de mes amis et de mon frère. Non, j'étais triste et nostalgique. Je ne sais même pas si le qualificatif nostalgique était fondé pour décrire mon état d'alors. Je ne trouve pas encore de mot assez juste pour expliquer ce que je ressentais à cette époque.
Est-ce que je voyais dans l'avenir ? Ho non. Si j'avais su, croyez-moi, comme dirais le petit gibus « je s'rai pas viendu ».
Non, mais quelque chose dans ce paysage me troublait et me donnait des frissons et je peux vous dire que ce n'était pourtant pas le froid. J'adorais la neige et j'adorais l'hiver. J'aimais tout le mystère que cette saison apportait. D'ailleurs la neige s'était faite assez rare les années passées et avaient été rarement aussi épaisse. Elle annonçait des changements. Et je sais qu'aujourd'hui, ce n'était pas des changements de bon augures.

Je restais les yeux fixés sur ce blanc lointain et proche à la fois. Au loin, la ville voisine semblait devenue une contrée inconnue et recouverte d'une banquise. Le ciel était gris et si bas qu'il me semblait possible en sortant sur mon balcon de pouvoir le toucher de mes mains. Derrière la grande fenêtre, je pouvais sentir le froid. J'aimais sa caresse parce que j'étais un peu fou, je crois. Oui, j'aimais le froid et je l'ai aimé longtemps. La neige, l'hiver m'appelait comme la forêt attire le loup. J'en avais mal aux yeux. J'étais ailleurs.
Mes amis me sortirent de ma torpeur et me demandèrent en riant.
« Alors grand ? Tu rêves ? ».
Je souri à leur demande. Je ne rêvais pas, je pensais et j'étais déjà très loin d'eux et de tout ce qui m'entourait.
Oui, je savais que tout allait changer et j'ignore pourquoi mon esprit était rempli de mélancolie. Peut-être parce que je devenais un homme. Peut-être parce que je savais que les choses ne seraient plus jamais comme elles l'avaient été autrefois.
Oui, j'en étais conscient et d'ailleurs, quelques mois après, le printemps revenu, les choses avaient complètement et totalement changées.
En quelques mois, je me suis retrouvé seul. Seul comme je ne l'avais jamais été. Et pourtant, j'étais étonné de me retrouver dans cette condition.

J'aurais aimé dire à mon frère et à mes amis que je ne rêvais pas... je cauchemardais.

Je suis revenu dans le présent mais ma solitude ne m'a pas quitté.

Je ne vous raconterai pas le pourquoi du comment de cette solitude. Cela sera peut-être le sujet d'un prochain billet. Qui sait...