ENCORE UN MÂTIN
Comme chaque nouvel an, depuis quelques années déjà, Victor l'a une fois de plus passé seul. Il commence a avoir l'habitude. Façon de parler d'ailleurs, car il n'en prend pas vraiment l'habitude. Au début, cela l'excitait. Il se disait que ce ne serait pas la peine de faire des simagrées et que c'était pas mal. Oui, ce fut pas mal, la première année. Et puis, il y en eu une deuxième. Et déjà c'était moins bien. Alors vous pensez la troisième...
Mais on s'y fait. C'est une question d'habitude. Après tout, il y a plein de gens bien qui ne réveillonnent pas à la St Sylvestre. Dans les hôpitaux, dans l'armée, dans la police, chez les pompiers et différents services dont souvent on ignore l'existence. Mais bon, devant son poste de télévision au bout de quelques années on est moins fier. Surtout lorsqu'on entend les cris de joie et les trompettes : bonne année !
Une fois, il était sortit en ville, histoire de voir une ville en liesse. Et là, il a compris tout la subtilité de la chose. En effet, les plus heureux n'étaient pas ceux qui étaient en famille, bien qu'ils n'étaient pas malheureux, mais les couples qui s'embrassaient pour ce fameux nouvel an.
Bien sûr, le nouvel an c'est toujours pareil. Bonne année, bonne santé ! Et bisous mouillés. Et c'est là que le bas blesse. Car pour Victor plus question d'affection, plus question de bisous même celui de tante Jeanne qui pique. Juste un pauvre homme solitaire loin de son foyer. Alors il se dit que ce costume de Lucky Luke ne lui va pas si mal. Ne défend-il pas la veuve et l'orphelin. Encore une question plutôt épineuse. Il n'y a rien à défendre. Rien devant lui. Rien derrière lui. Rien qu'un désert de solitude et sans lumières à part celles des décorations festives.
Et c'est là qu'il se dit qu'il va aller se coucher. Mais pas moyen de dormir ces jours-là. Car il y a toujours des cris de joies ou même de soûlards pour vous réveiller et vous rappeler que vous êtes seul dans votre plumard bien froid.
Et le lendemain mâtin on se réveille avec une gueule de bois sans n'avoir bu ni manger de bien exceptionnel. C'est ces mâtins là qui vous disent en vous regardant dans la glace : t'es seul mon gars !
Avec ou sans confiture ta biscotte, Victor ?