Ce soir, Victor essaye de faire le point sur sa minable vie. Le mot n'est pas trop fort. Il a trente-huit ans. Il n'espère plus rien de la vie. Surtout pas l'amour. Il sait qu'il finira seul. Il craint pour son avenir. Il n'a plus l'espoir de trouver un vrai travail. Toutes ces années en CDD, en petit contrats précaires et même en CES (contrat emploi solidarité qui n'avait de solidarité que le nom). Pas un seul CDI. À chaque fois des indemnités ASSEDIC minable. Rien de positif.
Une enfance solitaire. Une adolescence renfermé et tourmenté avec en prime d'être le souffre douleur de ses camarades. Jamais bien nulle part. Pas bien dans sa famille, pas bien au lycée, pas bien en amour, pas bien en amitié, pas bien au boulot. Bien nulle part.
Les amis ? Il commence à en rire de sa naïveté. Il n'a pas d'amis et il le sait. L'amour ? C'est encore pire qu'il le pensait.
Il s'est passé beaucoup de choses ces derniers jours. Il a eu finalement des nouvelles de « l'égoïste ». Ce dernier l'appelait prétextant qu'il voulait prendre de ses nouvelles, mais en fait, c'était pour raconter ses petits malheurs. Victor l'a écouter par politesse mais le coeur n'y était pas. Il en a marre de faire semblant. Et puis, il n'est pas psy. Marre d'écouter son faux ami raconter ses petits problèmes, comme si lui n'en avait pas. Parfois il a envie de crier son désespoir, sa solitude, son incertitude et son mal de vivre. Il se dit qu'il n'a jamais été heureux. Bien sûr qu'il y a cru au bonheur, mais en l'espace de quelques temps, parfois trop court, il a dû déchanter. Ainsi va la vie, en tout cas, sa vie.
Il envie « l'exclu » qui dit ce qu'il pense. Au moins, lui, il sait pourquoi les gens ne l'aiment pas. D'ailleurs qu'est ce qui prouve que les gens ne l'aiment pas ? Ce n'est pas parce que le club des playmobils l'a rejeter et lui a toujours casser du sucre sur le dos que les gens ne l'apprécie pas. Ces faiseurs de morale n'ont le monopole « du bien pensant » que dans leur petit cercle de merde qui n'intéresse pas grand monde pour ne pas dire personne. Tous ces petits cercles d'amis qui se prennent pour le nombril du monde ne dépasse jamais le coin d'une rue, d'une allée, d'un immeuble et surtout au mieux d'une porte.
Rien que d'y penser, Victor se demande ce qu'il pouvait bien leur trouver.
Sa famille est presque inexistante. Il se sent un étranger parmi elle et cela depuis des années. Victor a toujours l'impression que tout se décide sans lui. Et ce n'est pas qu'une impression, c'est la vérité. Il n'est pas des fêtes et on le consulte que lorsqu'on a besoin de lui.
Gentil frère n'est qu'un prétentieux doublé d'un gros connard qui croit être un puits de science et de bons mots, mais il n'est en fait qu'un abruti dont le cerveau se trouve dans les coucougnettes.
Gentille soeur est une égoïste et une femme qui a une très forte estime pour sa personne et pour sa famille qu'elle veut la meilleure et la plus parfaite de sa ville. Gentille soeur n'existe en fait que par la réussite professionnelle de son mari. Mais vous lui diriez le contraire, elle vous prouverait mathématiquement qu'elle est sa réussite et que sans elle son mari ne serait rien. Cela doit certainement l'aider beaucoup de la croire. Gentille soeur n'est en fait qu'une conne prétentieuse qui crache à la gueule des gens qui croisent sa route et qui à l'entendre ont tellement de défauts mais si son miroir reflétait sa personnalité et ses qualités, elle serait certainement très déçue par le résultat.
Son autre frère habite trop loin et Victor ne se rappelle même pas de vrais ou en tout cas de bons souvenirs avec lui. Son autre soeur, c'est comme s'il ne l'avait jamais connue. Mais connaît-on vraiment sa famille ?
Quant à ses parents, Victor s'est souvent demander si les infirmières de la clinique n'avaient pas inverser les noms des bracelets lorsqu'il vint au monde, cela expliquerait certainement pourquoi il se sent si différent et si incompris pour ne pas dire mal-aimé de son père et sa mère ainsi que de ses frères et soeurs.
Tous ces braves gens mériteraient un portrait personnel.
Victor a une envie de vomir. Pas parce qu'il est malade, mais parce qu'il voudrait rendre tout ce qu'il a accumulé dans son passé et renaître. Mais ce n'est pas possible.
Alors il se dit qu'il y a peut-être une autre solution et qu'il y pense très sérieusement.

* dans les prochaines aventures de Victor, un portrait de « l'égoïste » sera dévoilé afin de mieux connaître le bestiaux. Ne ratez pas ses aventures !